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Eugène Spuller, 1877

Contre-manifeste d’Eugène Spuller (extraits) - La République Française, 20 septembre 1877

les crises : 1877-1879, la crise du 16 mai et la Constitution Grévy

Extraits du contre-manifeste rédigé par Spuller au nom des 363 députés de gauche [1] :

« Français !

Vous allez être appelés à nommer vos représentants à la Chambre des députés.

Grâce aux progrès de l’esprit politique dans notre pays, toutes les tentatives de pression sur vos choix demeureront vaines ; mais il importe de dissiper toutes les équivoques (…).

Un événement inattendu et encore inexpliqué s’est produit le 16 mai.

Usant de son droit constitutionnel, mais agissant en dehors des règles les plus certaines du gouvernement parlementaire, le président de la république a brusquement renvoyé un cabinet qui n’avait été mis en minorité dans aucune des deux chambres, formé un ministère de minorité pris dans les partis hostiles à la République, et prorogé la Chambre pour un mois. Un autre décret, rendu sur avis conforme du Sénat, a prononcé la dissolution de la Chambre des députés (…).

Maintenant c’est à vous de parler. On vous dira que l’on ne veut pas renverser la République. Vous ne croirez pas les candidats monarchistes qui vous tiendront ce langage, mais qui dissimulent pour quelque temps, sous le manteau de la candidature officielle, leurs préférences et leurs visées politiques, et qui tous brûlent du désir de se retrouver en majorité à Versailles pour user de ce qu’ils appellent la clause de révision, et pour porter le dernier coup aux institutions républicaines.

Ce que l’on attend de vous, c’est l’élection d’une Chambre qui, sous le prétexte de tenir tête au péril social, de combattre et de réduire le radicalisme latent, maintienne le pouvoir entre les mains des hommes à idées rétrogrades, qui ne peuvent s’accommoder de la République, et qui comptent y substituer la monarchie à la première occasion favorable. C’est là ce qu’ils appellent réserver leurs espérances.

Vous ne serez pas dupes de cet artifice. Pour le déjouer, il vous suffira de vous prononcer résolument contre les candidats officiels, et contre la politique qu’ils représentent, en votant pour ceux qui tiendront, dans la lutte, le drapeau de la République contre les factions monarchiques, du gouvernement parlementaire contre le pouvoir personnel.

Vous pèserez mûrement la portée de vos votes.

Des élections favorables à la politique du 16 mai encourageraient toutes les espérances factieuses et anarchiques, en remettant tout à coup en question les institutions que la France a adoptées et acclamées le 20 février 1876. Elles ruineraient le principe du gouvernement du pays par le pays, sapé par les hommes qui ont foulé aux pieds l’irresponsabilité présidentielle, en jetant le président de la République dans l’arène des partis pour se maintenir aux affaires. Enfin elles compromettraient l’ordre et la paix publique.

L’élection des candidats officiels ne mettrait pas fin au conflit qui a éclaté entre les pouvoirs de l’Etat. (…) La France deviendrait pour l’Europe un objet de défiance, car les élections telles que les demandent les hommes du 16 mai seraient le triomphe du parti clérical, dont l’ambition insatiable et les agitations perpétuelles sont une cause d’inquiétude pour tous les peuples et pour tous les gouvernements.

Quant à vous, votre devoir grandira certainement avec l’audace de ceux qui prétendent s’imposer à la France. Vous ne sauriez obéir aux sommations des partis monarchiques (…).

Vous voudrez défendre, pacifiquement, en déposant vos libres votes dans les urnes électorales, les institutions républicaines ; vous voudrez signifier, avec l’autorité qui appartient à la France, que la garde de la République doit être remise à des fonctionnaires fidèles qui, dans les moments difficiles, sauraient accomplir tous leurs devoirs.

Français !

Le pays attend avec une entière confiance la manifestation de vos sentiments.

Après tant d’épreuves, la France veut la stabilité par le maintien des institutions, l’ordre dans la liberté, la paix dans la République et par la République.

Vous nous assurerez ces biens. Vous écouterez la voix de la conscience nationale, qui ne s’adresse à aucun parti, mais à tous les Français guidés par l’amour de la patrie ».

Notes

[1Paru dans la République française du 20 septembre 1877, reproduit dans Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta, publiés par M. Joseph Reinach, 11 vol., Paris, G. Charpentier, 1880-1885, vol. 7, pp 264-267

Pour citer cet article :

http://droitpolitique.com/spip.php?article49

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