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Déclaration-manifeste du Président de la République aux électeurs - Journal officiel du 19 septembre 1877

Journaux officiels aimablement prêtés par la Bibliothèque de l’Hôtel de Ville de Paris

Numérisation et relecture des OCR réalisées par la Bibliothèque Cujas

les crises : 1877-1879, la crise du 16 mai et la Constitution Grévy

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LE MARÉCHAL DE MAC MAHON

PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

AU PEUPLE FRANÇAIS

Français !

Vous allez être appelés à nommer vos représentants à la Chambre des députés.

Je ne prétends exercer aucune pression sur vos choix, mais je tiens à dissiper toutes les équivoques.

Il faut que vous sachiez ce que j’ai fait, ce que j’entends faire, et quelles seront les conséquences de ce que vous allez faire vous-mêmes.

Ce que j’ai fait, le voici :

Depuis quatre ans j’ai maintenu la paix, et la confiance personnelle dont m’honorent les souverains étrangers m’a permis de rendre de jour en jour plus cordiales nos relations avec toutes les puissances. A l’intérieur, l’ordre n’a pas été un instant troublé.

Grâce à une politique de concorde qui appelait autour de moi tous les hommes dévoués avant tout au pays, la prospérité publique, un instant arrêtée par nos malheurs, a repris son essor. La richesse générale s’est accrue malgré nos lourdes charges. Le crédit national s’est affermi.

La France, paisible et confiante, a vu, en même temps, son armée, toujours digne d’elle, reconstituée sur des bases nouvelles. Mais ces grands résultats menaçaient d’être compromis.

La Chambre des députés, échappant chaque jour davantage à la direction des hommes modérés, et de plus en plus dominée par les chefs avoués du radicalisme, en était venue à méconnaître la part d’autorité qui m’appartient et que je ne saurais laisser amoindrir sans engager l’honneur de mon nom devant vous et devant l’histoire. Contestant en même temps l’influence légitime du Sénat, elle n’allait à rien moins qu’à substituer à l’équilibre nécessaire des pouvoirs établis par la Constitution, le despotisme d’une nouvelle Convention.

L’hésitation n’était pas permise. Usant de mon droit constitutionnel, j’ai, sur l’avis conforme du Sénat, dissous la Chambre des députés. Maintenant c’est à vous de parler. On vous dit que je veux renverser la République. Vous ne le croirez pas.

La Constitution est confiée à ma garde. Je la ferai respecter.

Ce que j’attends de vous, c’est l’élection d’une Chambre qui, s’élevant au-dessus des compétitions de partis, se préoccupe avant tout des affaires du pays.

Aux dernières élections, on a abusé de mon nom. Parmi ceux qui se disaient alors mes amis, beaucoup n’ont pas cessé de me combattre. On vous parle encore aujourd’hui de dévouement à ma personne et l’on prétend n’attaquer que mes ministres.

Vous ne serez pas dupes de cet artifice. Pour le déjouer, mon Gouvernement vous désignera parmi les candidats ceux qui, seuls, pourront s’autoriser de mon nom. Vous pèserez mûrement la portée de vos votes.

Des élections favorables à ma politique faciliteront la marche régulière du gouvernement existant. Elles affirmeront le principe d’autorité sapé par la démagogie ; elles assureront l’ordre et la paix.

Des élections hostiles aggraveraient le conflit entre les pouvoirs publics, entraveraient le mouvement des affaires, entretiendraient l’agitation, et la France, au milieu de ces complications nouvelles, deviendrait pour l’Europe un objet de défiance.

Quant à moi, mon devoir grandirait avec le péril. Je ne saurais obéir aux sommations de la démagogie. Je ne saurais ni devenir l’instrument du radicalisme ni abandonner le poste où la Constitution m’a placé.

Je resterai pour défendre, avec l’appui du Sénat, les intérêts conservateurs et pour protéger énergiquement les fonctionnaires fidèles qui, dans un moment difficile, ne se sont pas laissé intimider par de vaines menaces.

Français !

J’attends, avec une entière confiance, la manifestation de vos sentiments.

Après tant d’épreuves, la France veut la stabilité, l’ordre et la paix.

Avec l’aide de Dieu, nous lui assurerons ces biens. Vous écouterez la parole d’un soldat qui ne sert aucun parti, aucune passion révolutionnaire ou rétrograde et qui n’est guidé que par l’amour de la Patrie.

Fait à Paris, le 19 septembre 1877.

Le Président de la République,

Mal DE MAC MAHON, duc DE MAGENTA.

Par le Président de la République : Le ministre de l’intérieur,

DE FOURTOU.

Pour citer cet article :

http://droitpolitique.com/spip.php?article45

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