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Message du président de la République à l’Assemblée expliquant le renvoi du ministère Odillon Barrot - Moniteur universel du 1er novembre 1849

Moniteur universel, 1849, n°305, 1er novembre, p.3464.

Numérisation et relecture des OCR réalisées par la Bibliothèque Cujas

les crises : 1851, la crise Changarnier

[p.3464]

MESSAGE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE.

M. le président. Messieurs, le président de l’Assemblée a reçu de M. le président de la République le message suivant : (Vif mouvement d’attention. — Profond silence.)

Message du président de la République française à l’Assemblée législative.

« Monsieur le président,

« Dans les circonstances graves où nous nous trouvons, l’accord qui doit régner entre les différents pouvoir de l’Etat ne peut se maintenir que si, animés d’une confiance mutuellle, ils s’expliquent franchement l’un vis-à-vis de l’autre. Afin de donner l’exemple de cette sincérité, je viens faire connaître à l’Assemblée quelles sont les raisons qui m’ont déterminé à changer le ministère, et à me séparer d’hommes dont je me plais à proclamer les services éminents et auxquels j’ai voué amitié et reconnaissance.

« Pour raffermir la République menacée de tant de côtés par l’anarchie ; pour assurer l’ordre plus efficacement qu’il ne l’a été jusqu’à ce jour ; pour maintenir à l’extérieur le nom de la France à la hauteur de sa renommée, il faut des hommes qui, animés d’un dévouement patriotique, comprennent la nécessité d’une direction unique et ferme, et d’une politique nettement formulée ; qui ne compromettent le pouvoir par aucune irrésolution, qui soient aussi préoccupés de ma propre responsabilité que de la leur, et de l’action que de la parole. (Rumeurs diverses.)

« Depuis bientôt un an, j’ai donné assez de preuves d’abnégation pour qu’on ne se méprenne pas sur mes intentions véritables. Sans rancune contre aucune individualité, comme contre aucun parti, j’ai laissé arriver aux affaires les hommes d’opinions les plus diverses, mais sans obtenir les heureux résultats que j’attendais de ce rapprochement. Au lieu d’opérer une fusion de nuances, je n’ai obtenu qu’une neutralisation de forces. L’unité de vues et d’intentions a été entravée, l’esprit de conciliation pris pour de la faiblesse. A peine les dangers de la rue étaient-ils passés, qu’on a vu les anciens partis relever leurs drapeaux, réveiller leurs rivalités et alarmer le pays en semant l’inquiétude. Au milieu de cette confusion, la France, inquiète, parce qu’elle ne voit pas de direction, cherche la main, la volonté de l’élu du 10 décembre. Or, cette volonté ne peut être sentie que s’il y a communauté entière d’idées, de vues, de convictions entre le président et ses ministres, et si l’Assemblée elle-même s’associe à la pensée nationale, dont l’élection du pouvoir exécutif a été l’expression. (Bruit à gauche.)

« Tout un système a triomphé au 10 décembre...

M. Desmousseaux de Givré. Et au 13 mai !

M. le président, continuant :

« ... Car le nom de Napoléon est à lui seul tout un programme. Il veut dire : à l’intérieur, ordre, autorité, religion, bien-être du peuple ; à l’extérieur, dignité nationale. C’est cette politique, inaugurée par mon élection, que je veux faire triompher avec l’appui de l’Assemblée et celui du peuple. Je veux être digne de la confiance de la nation en maintenant la constitution que j’ai jurée. Je veux inspirer au pays, par ma loyauté, ma persévérance et ma fermeté, une confiance telle que les affaires reprennent et qu’on ait foi dans l’avenir. La lettre d’une constitution a sans doute une grande influence sur les destinées d’un pays ; mais la manière dont elle est exécutée en exerce peut-être une plus grande encore. Le plus ou moins de durée du pouvoir contribue puissamment à la stabilité des choses, mais c’est aussi par les idées et les principes que le Gouvernement sait faire prévaloir que la société se rassure.

« Relevons donc l’autorité sans inquiéter la vraie liberté. Calmons les craintes en domptant hardiment les mauvaises passions et en donnant à tous les nobles instincts une direction utile. Affermissons le principe religieux sans rien abandonner des conquêtes de la révolution, et nous sauverons le pays malgré les partis, les ambitions, et même les imperfections que nos institutions pourraient renfermer.

« LOUIS-NAPOLEON BONAPARTE.

« P. S. Un supplément du Moniteur donnera ce soir les noms des nouveaux ministres. » La séance est levée.

(Exclamations à gauche. — Bruits et mouvements divers.

L’Assemblée se sépare dans une vive agitation. Il est cinq heures quarante minutes.)

Pour citer cet article :

http://droitpolitique.com/spip.php?article351

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