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Article dénonçant les calomnies publiées dans certains journées contre le Ministère - Moniteur universel du 19 septembre 1829

Moniteur universel, 1829, n°262, 19 septembre, p.1552.

Numérisation et relecture des OCR réalisées par la Bibliothèque Cujas

les crises : 1830, de la crise ministérielle à la révolution

[p.1552]

Il n’est sorte de calomnies dont les journaux n’entourent le Ministère. Selon les uns, c’est sur la corruption qu’il fonde son espoir ; il a 24, 30 millions à dépenser ; il sait le tarif des consciences, il fait procéder à une enquête sur l’état de fortune de chaque député. Selon d’autres, il appelle l’étranger ; il en mendie l’intervention, il va créer 200 députés, par ordonnance, et en attribuer la nomination aux conseils-généraux de département. A les en croire, le Ministère ne rêve que coups-d’état, et il ne prémédite que le renversement de la Charte ; il exigera violemment l’impôt si la chambre, usant de son droit, refuse le budget : de là, l’urgence de se concerter, de se lier, de se fédérer, pour opposer une résistance légale à ce complot.

Le but est évident : la raison publique ne saurait s’y méprendre. Ce n’est pas la conviction qui pousse un cri d’alarme : ces terreurs sont feintes ; ils savent bien, ceux qui les propagent, qu’à moins d’avoir perdu le sens, des ministres ne sauraient même concevoir l’idée de briser la Charte et de substituer le régime des ordonnances à celui des lois. Ils savent que des ministres le voudraient en vain, et que, s’ils osaient en manifester le plan, le Roi les réduirait, d’un mot, à l’impuissance, en leur retirant l’exercice du pouvoir qu’il ne leur a commis que pour administrer, en son nom et sous leur responsabilité, selon les lois. Les bruits, les craintes, les diffamations dont la presse périodique fait retentir la France, n’ont pour but que de l’agiter, en semant à pleine main sur toute sa surface, la haine, l’irritation et le désordre. C’est une trame, le dernier essai en manifeste le plan, le but et les moyens.

Les journaux ont annoncé qu’un projet d’association venait d’être dressé dans les cinq départe-mens de l’ancienne Bretagne, et que, déjà, cette pièce était revêtue d’un grand nombre de signatures ; ils se sont emparés de ce texte ; ils le reproduisent ; ils le commentent : que la France entière se hâte ! Qu’elle imite ce généreux exemple de patriotisme et d’énergie !

Il n’est personne en France qui, sur des assertions si expresses, ne reste en ce moment convaincu qu’à l’époque où les journaux de Paris l’ont annoncé, les habitans de l’ancienne Bretagne se liaient par des sermens à la défense de la Charte, dont le Ministère a juré la ruine…. Eh bien ! L’association bretonne n’avait alors d’existence que dans ces journaux : aucun projet d’association n’avait été publié, répandu, ni revêtu de signatures.

Le Journal du Commerce a le premier publié ce projet ; il l’a fait le 11 de ce mois ; le Constitutionnel et le Courrier l’ont reproduit le 12 ; c’est seulement le 14 que quelques hommes, dociles à l’appel, se sont réunis pour s’occuper, dans la ville de Rennes, d’un projet de souscription, sur les bases que les journaux de Paris venaient de leur tracer.

Il suffit d’exposer le fait ; si l’on ne s’aveugle étrangement, on sera frappé des conséquences.

Pour citer cet article :

http://droitpolitique.com/spip.php?article345

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