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séminaire 3 : Le phénomène révolutionnaire

15 décembre 2010

Avec la participation de :

  • Denis BARANGER, Professeur à l’Université Panthéon-Assas Paris II
  • Armel LE DIVELLEC, Professeur à l’Université Panthéon-Assas Paris II
  • Carlos-Miguel PIMENTEL, Professeur à l’Université Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines, modérateur des débats
  • Frédéric AUDREN, Chargé de recherches CNRS, Sciences Po
  • Mikhail XIFARAS, Professeur à Sciences Po Paris
  • François SAINT-BONNET, Professeur à l’Université Panthéon-Assas Paris II
  • Emmanuel de WARESQUIEL, Directeur d’étude à l’École Pratique des Hautes Études
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Le thème

On se propose de partir de l’idée formulée par François Furet : la révolution française ne s’arrête pas avec Thermidor ou Bonaparte. Elle se prolonge sur un siècle, jusqu’à la stabilisation de la IIIe République opérée par la victoire définitive des républicains dans les années 1880. Il y aurait à cet égard une spécificité française, par la récurrence périodique du phénomène révolutionnaire, à opposer aux exemples anglais ou américain, dans lesquels l’onde de choc révolutionnaire est absorbée dans des délais beaucoup plus brefs.

Dès lors que l’on abandonne les schémas élaborés par l’historicisme, qui posaient en principe la nécessité et l’inéluctabilité de la (ou des) révolution(s), se pose alors une question qu’on pourrait formuler en reprenant une citation de Paul Veyne : « comment peut-on se mettre dans des états pareils ? » Et comment peut-on y rester pendant si longtemps ? Si le phénomène révolutionnaire ne va plus de soi, s’il ne peut plus être considéré comme la conséquence inéluctable de simples facteurs sociaux, se pose alors la question du rôle des institutions, dans son déclenchement, mais aussi dans sa permanence : pourquoi les institutions françaises sont-elles restées si longtemps impuissantes à résorber la fracture née de la révolution ? Pourquoi les tentatives successives de compromis institutionnel entre les deux camps ont-elles si longtemps échoué ?

On se propose d’organiser la réflexion autour d’une série de questions, alimentées par des textes.

La fracture révolutionnaire

1) Les intervenants s’accordent-ils sur cette façon de poser le problème, et en particulier sur l’idée d’une exception française ?

2) L’hostilité radicale envers les privilèges est un facteur majeur de la radicalité révolutionnaire française. Mais ce phénomène de rejet va-t-il de soi ? Les Parlements, dans leur opposition à l’absolutisme, ont ainsi joui d’une popularité exceptionnelle pendant la majeure partie du XVIIIe siècle, de sorte qu’il semble difficile de détecter d’éventuels signes avant-coureurs de l’hostilité, apparemment aussi soudaine que radicale, qui se manifeste contre les ordres privilégiés après l’annonce de la convocation des Etats généraux. De quand peut-on dater le retournement ? Y a-t-il incubation lente, ou au contraire surgissement soudain ? Et que penser d’une telle ambivalence de l’opinion quant à ses élites ?

3) Plus globalement, qui est l’ennemi visé par la révolution ? On peut être tenté de donner une réponse simple à cette question : l’ennemi, c’est d’abord les privilégiés, et, dans un deuxième temps, le roi lui-même, une fois qu’il devient clair qu’il rejette la révolution. Il est logique, dans ce contexte, que la gauche radicale française rejette pendant longtemps à la fois l’idée d’un chef d’Etat, même républicain, et d’une chambre haute. On peut néanmoins, à l’inverse, considérer que la réponse ne va pas de soi, et que la révolution est à cet égard ambiguë, voire mystérieuse : en particulier, que penser du phénomène bonapartiste, qui semble totalement brouiller les cartes dans le conflit entre partisans et adversaires de la révolution ? Comment comprendre ce retour à une figure monarchique qui, tout en consolidant certains acquis de la révolution, n’en opère pas moins la liquidation, que ce soit avec Napoléon Ier ou avec Napoléon III ? Comme le dit Furet, « à la différence de l’orléanisme, le bonapartisme n’a pas eu de théoricien ».

Texte :

    extrait de François FURET, La révolution, tome 2 « terminer la révolution. De Louis XVIII à Jules Ferry (1814-1880) », Paris, Hachette, coll. Pluriel, 1988, pp. 309-313.

Impuissance des institutions ou incapacité à construire des institutions ?

1) Que penser des explications traditionnelles selon lesquelles les constitutions de 1791 ou de l’an III ont échoué parce qu’elles organisaient une séparation trop stricte des pouvoirs ? Au-delà, est-il réaliste de penser qu’un régime parlementaire était compatible avec le contexte révolutionnaire, ou, a fortiori, aurait pu contribuer à dégager un compromis viable ?

Texte :

    extrait de Michel TROPER, Terminer la révolution. La Constitution de 1795, Paris, Fayard, coll. « Histoire des constitution de la France », 2006, pp. 129-143.

2) Que penser des explications selon lesquelles l’absence de chambre haute vouait à l’échec les tentatives pour créer des institutions viables, comme l’ont par exemple affirmé Necker et Mme de Staël ? L’argument peut sembler totalement anachronique, tant le principe même d’une chambre haute pouvait apparaître, dès le départ, comme radicalement incompatible avec la révolution. Mais cette impossibilité même n’a-t-elle pas constitué un point de blocage dans la recherche de solutions institutionnelles viables, la plupart des libéraux ne parvenant pas à imaginer des institutions modérées sans y recourir ? Et faut-il, sur le long terme, considérer que l’acceptation du Sénat par les républicains, en 1875, puis son appropriation par la gauche, à partir de 1879, ont contribué à une stabilisation des institutions jusqu’alors impossible ?

Textes :

3) Faut-il, en fin de compte, considérer que la révolution française est incapable de créer des institutions ?

Texte :

    extrait de François FURET, La révolution en débat, présentation de Mona Ozouf, Paris, Gallimard, coll. Folio/Histoire n° 92, pp. 76-77. La révolution incompatible avec des institutions stables.

La perpétuation de la révolution

1) Les partisans de la monarchie de Juillet ont compris l’histoire révolutionnaire française par une analogie avec l’histoire anglaise, en rapprochant 1789 de la première révolution anglaise, en comparant Napoléon avec Cromwell, la restauration de 1814 avec celle de 1660, et Charles X avec Jacques II. La révolution de 1830 devait donc permettre la stabilisation définitive des institutions, à l’instar de 1689. Que doit-on penser de ces analogies ? On sait que la comparaison échoue dans son résultat historique final, puisque 1848 rouvre le cycle révolutionnaire. Les analogies n’en restent pas moins frappantes pour les étapes antérieures.

2) Avec 1848, au contraire, c’est le scénario enclenché en 1789 qui semble recommencer, comme si la révolution française, loin de se conforter à un modèle étranger, se copiait, voire se parodiait elle-même ; comment comprendre un tel phénomène ? Doit-on formuler l’hypothèse d’une sorte de jeu de rôles, dans lesquels les acteurs de 1848 s’enfermeraient eux-mêmes, nourris par l’histoire de leurs grands devanciers ? L’extrême gauche appelle par exemple à une mise en accusation du chef d’Etat et à l’instauration d’un comité de salut public, qui servira aussitôt d’épouvantail tant il tend à reproduire 1793. Peut-on aller jusqu’à parler d’une sorte de compulsion de répétition qui sous-tendrait les événements, de 1848 à 1852, et qui résulterait de la gravité du traumatisme révolutionnaire ?

Texte :

    François FURET, La révolution en débat, pp. 78-82 ; François FURET, La révolution, tome 2, pp. 250-252 (Marx et Tocqueville face à la dimension parodique de 1848)

    ALAIN (Émile Chartier), Éléments d’une Doctrine radicale, Propos n°25 (« Ruse des pouvoirs »), 38 (« la chute à droite »), 64 (« Tous contre les pouvoirs ») : maintien d’une rhétorique révolutionnaire, qui assimile le pouvoir à une forme sans cesse renaissante de l’Ancien régime

    François GOGUEL, « Réflexions sur le régime présidentiel », Revue française de science politique, 1962, vol. 12, n° 2, pp. 289-311 [consultable : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1962_num_12_2_403372] : quelques mois avant la crise de 1962, l’auteur conteste la possibilité de rééquilibrer la Ve République par un régime de séparation stricte des pouvoirs, à cause de la défiance mutuelle entre législatif et exécutif. Faut-il y voir la perpétuation d’un problème comparable à celui déjà évoqué pour 1789-92 ?

3) Au final, une hypothèse : la notion indivise de révolution, issue de l’histoire française, ne recouvrirait-t-elle pas deux phénomènes tout à fait différents ? Il y aurait d’une part la révolution au sens étroit, comme perte radicale de légitimité des institutions, qui en viennent à ne plus être soutenues que par une infirme minorité, et peuvent donc laisser place à des innovations radicales presque sans opposition ; de l’autre le phénomène de la guerre civile, dans lequel c’est au contraire la radicalisation du conflit entre deux camps préexistants qui finit par compromettre la survie des institutions. La révolution au premier sens pourrait par exemple être illustrée par les exemples de 1688 en Angleterre, de 1776 aux États-Unis, ou de 1989 en Europe de l’est. La guerre civile « pure », quant à elle, serait illustrée par la guerre de Sécession, qui ne remet pas en cause dans son principe le modèle institutionnel américain, mais se borne à le dédoubler entre le nord et le sud. La guerre civile, finissant par produire une altération radicale des institutions, serait illustrée par la première révolution anglaise.

Si la dynamique révolutionnaire française est unique, serait-ce parce qu’elle est la seule à combiner les deux phénomènes, celui de la révolution au sens étroit et, tôt ou tard, celui de la guerre civile ? Comment le large consensus initial (1789 et la nuit du 4 août, 1848 et l’instauration de la république) finit-il par laisser place à un conflit inexpiable entre deux camps ?

    Textes : Jacques de SAINT VICTOR, La première contre-révolution (1789-1791), pp. 403-405 et 442-448. L’adoption de la constitution civile du clergé donnerait corps à un véritable parti contre-révolutionnaire, alors que l’opposition radicale à la révolution était jusqu’alors restée très marginale, et rendrait ainsi possible la guerre civile.
    Dans le même sens François FURET, La révolution, tome 1 « La révolution de Turgot à Napoléon (1770-1814) », Paris, Hachette, coll. Pluriel, 1988, pp. 153-159.

Références complémentaires :

Les pod-cast

séminaire 3 - première partie
IMG/mp3/101215_partie1.mp3
séminaire 3 - seconde partie
IMG/mp3/101215_partie2.mp3

Pour citer cet article :

http://droitpolitique.com/spip.php?article23
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séminaire 3 - première partie (64.1 Mo)
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séminaire 3 - seconde partie (63.6 Mo)

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