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Journal des débats politiques et littéraires, lundi 10 août 1829 (Extraits).

Journal des débats politiques et littéraires, lundi 10 août 1829

Source : Gallica, identifiant ark :/12148/cb39294634r/date, disp. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k436669h.

les crises : 1830, de la crise ministérielle à la révolution

Ainsi le voilà encore une fois brisé ce lien d’amour et de confiance qui unissait le peuple au monarque ! Voilà encore une fois la cour avec ses vieilles rancunes, l’émigration avec ses préjugés, le sacerdoce avec sa haine de la liberté qui viennent se jeter entre la France et son Roi. Ce qu’elle a conquis par quarante ans de travaux et de malheurs on le lui ôte ; ce qu’elle repousse de toute la puissance de sa volonté de toute l’énergie de ses vœux, on le lui impose violemment.

Et quels conseils perfides ont pu égarer ainsi la sagesse de Charles X, et le jeter à cet âge, où le repos autour de soi est la première condition de bonheur, dans une nouvelle carrière de discordes ? Et pourquoi ! qu’avons-nous fait pour que notre Roi se sépare ainsi de nous ? Jamais peuple fut-il plus soumis à ses lois ? Où l’autorité royale a-t-elle reçu la moindre atteinte, la justice, quelque obstacle à sa force ? La religion n’est-elle pas toujours entourée de nos respects ?

Il y a un an, à cette même époque, Charles X alla visiter ses provinces du Nord ; nous invoquons son souvenir : par quels témoignages d’amour et de reconnaissance il fut accueilli ! Cette touchante image d’un père environne de ses enfans devint alors une heureuse réalité : aujourd’hui il trouverait encore partout des sujets fidèles, mais partout attirés d’une défiance imméritée.

Ce qui faisait surtout la gloire de ce règne ; ce qui avait rallié autour du trône les cœurs de tous les Français, c’était la modération dans l’exercice du pouvoir, la modération ! Aujourd’hui elle devient impossible. Ceux qui gouvernent maintenant les affaires, voudraient être modérés qu’ils ne le pourraient. Les haines que leurs noms réveillent dans tous les esprits sont trop profondes pour n’être pas rendues. Redoutés de la France, ils lui deviendront redoutables. Peut-être dans les premiers jours voudront-ils bégayer les mots de Charte et de liberté ; leur maladresse à dire ces mots les trahira, on n’y verra que le langage de la peur ou de l’hypocrisie. Quelle liberté, grands Dieux ! que de la liberté a leur manière ! Quelle égalité que celle qui nous viendrait d’eux !

Que feront-ils cependant ? Iront-ils chercher un appui dans la force des baïonnettes ? Les baïonnettes aujourd’hui sont intelligentes, elles connaissent et respectent la loi. Incapables de régner trois semaines avec la liberté de la presse, vont-ils nous la retirer ? Ils ne le pourraient qu’en violant la loi consentie par les trois pouvoirs, c’est-à-dire en se mettant hors la loi du pays. Vont-ils déchirer cette Charte qui fait l’immortalité de Louis XVIII et la puissance de son successeur ? Qu’ils y pensent bien ! La Charte a maintenant une autorité contre laquelle viendraient se briser tous les efforts du despotisme. Le peuple paie un milliard à la loi ; il ne paierait pas deux millions aux ordonnances d’un ministre. Avec les taxes illégales naîtrait un Hampden pour les briser. Hampden ! faut-il encore que nous rappellions ce nom de trouble et de guerre. Malheureuse France ! malheureux Roi.



Il faut dire la vérité, et appeler les choses par leur nom. Les ministres aujourd’hui remplacés n’ont pas donné leur démission ; tous, excepté M. Roy, ont été destitués. M. Rov seul aurait pu rester dans le ministère : il a noblement refusé de se séparer de ses anciens collègues. La France lui saura gré de cette généreuse résolution.

M. Bourdeau est nommé premier président de la Cour royale de Limoges ; en remplacement de M. Gaùjal, qui succède à M. de Cardonnel, décédé, dans la Cour de cassation.

D’après le texte des ordonnances précitées, il ne parait pas que M. Frayssinous, évoque d’Hermopolis, doive siéger au conseil des ministres.

Attendu l’absence de M. de Rigny, de M. de Montbel et de M. Courvoisier, le conseil des ministres est aujourd hui composé de trois personnes, M. le prince de Polignac M. le comte de la Bourdonnaye, M. le comte Chabrol de Crousol. Ces trois messieurs se réunis aujourd’hui à l’hôtel du ministère de l’intérieur. L’ancien ministre était encore dans l’hôtel, il a cru avec raison pouvoir se dispenser d’en faire les honneurs aux arrivans et n’a eu avec ces Messieurs aucune communication.

On croit que M. de Martignac ne tardera pas à partir pour la Suisse. La France regrettera longtemps un ministre d’un talent admirable dont les intentions étaient pures, et à qui il n’a manqué que la fermeté nécessaire pour résister à de misérables intrigues de cour.

On a remarqué que MM. de Saint-Cricq et Vatismesnil étaient les seuls parmi les ministres sortans à qui on ait refusé quelques unes de ces petites consolations par lesquelles on cherche à adoucir les disgrâces ministérielles. Quel est le secret de cette préférence ?

C’est à M. Portalis qu’a été faite la première notification des résolutions royales.

Il est certain que M. Debelleyme a donné sa démission de préfet de police ; on ne connaît pas encore son successeur.

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http://droitpolitique.com/spip.php?article191

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